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07/08/2013 | Les escapades de NWV  Vu : 66071 fois article n 5491 |


Najac, forteresse du Rouergue, une histoire… 1ère partie

 Histoire de Toulouse et de sa région, patrimoine et culture... Voici une minute de culture, pas plus, pas moins. Si un de ces jours vous comptez explorer l'Aveyron, un détour est obligé à Najac, semble approprié pour une visite dans ses ruelles étroites où le passé se mêle au présent. Propos recueilli auprès de Magali Heral, une passionnée de l'histoire de la Cité rose et ses alentours et des aventures cathares....


Najac, surplombant les forets et les collines de l'Aveyron doit sa célébrité autant à son berceau de verdure simple et envoutant qu'à son histoire qui se profile dans ses ruelles et les tours de son château. Perché sur son éperon, la forteresse n'est pas loin de nous faire penser à celles des cathares qui parsèment le Languedoc.
 
Sentinelle du temps, elle tient son nom d'un domaine gallo-romain et se développe tout au long du XI ième siècle à l'ombre d'un château fort. D'abord siège d'une viguerie et ensuite d'un bailliage, Najac appartint aux comtes de Toulouse qui étaient également seigneurs du Rouergue. La chronologie des évènements se déroule sur fond de guerre, de révoltes, de religion mais aussi de politique et d'architecture.
 
Naissance d'une tour avec ses relations internationales et conjugales
Najac est construit par les sires de Saint Gilles qui sont comtes de Rouergue depuis 1066 et comtes de Toulouse depuis 1088. C'est effectivement une situation défensive de premier ordre sur un éperon rocheux qui surplombe la vallée de l'Aveyron, un lieu de passage, des mines d'argent, de cuivre et de plomb sont autant d'atouts.
 
La fameuse Tour Carrée est bâtie au XIIième siècle, mais à peine un siècle après, le château , alors possession des Plantagenets, est pris par les Anglais qui le rendront au comte Raymond VI de Toulouse en 1196, celui-ci ayant épousé la s½ur de Richard C½ur de Lion. Cette épouse, la fameuse Jeanne d'Angleterre qui suivit son frère en terre Sainte et qui deviendra la mère de Raymond VII, connaitra une existence fort agitée avant de s'éteindre à l'abbaye de Fontevraud en mettant au monde un second enfant hélas mort-né.
 
La venue du Lion Fort
1209, année maudite pour le Midi qui vit les barons du Nord ravager le pays dans la fameuse croisade albigeoise. Le chef de l'armée Simon de Montfort fait tomber une à une les citadelles, villes et châteaux et pénètre en 1214 à Najac pour soumettre le Rouergue.
Mais oh surprise, les habitants avaient disparu avant d'entrevoir le symbole de celui qui restera pour tous le bourreau de l'Occitanie.
 
Les lys s'unissent à la croix bourrelée
La sinistre guerre et son cortège d'horreurs achevés, Najac n'en demeure pas moins soumis à des tensions graves. Raymond VII vit ses terres confisquées, et fut soumis à de graves pénalités par le roi de France Louis IX qui exigea en plus de sa soumission la main de son unique fille, Jeanne de Toulouse qu'il donnera à son frère Alphonse de Poitiers. Ainsi, le comté de Toulouse sera annexé au territoire royal, et un capétien de pure souche gérera désormais les terres du Sud.
 
Sitôt la mort de Raymond VII annoncée en 1249, Alphonse de Poitiers devient comte de Toulouse, ce qui n'est pas du gout de tous. La révolte éclate à Najac mais le frère du futur saint Louis, conscient des séquelles encore présentes dans les esprits de ces gens marqués par la croisade, fit parler son esprit d'administrateur à la place de l'épée . Pour dissuader toute rébellion, il fit reconstruire la forteresse plus imposante que jamais en 1253 et pour parachever son ½uvre, il créa une ville franche, donc exonérée d'impôts, qui attirera à elle une bonne partie des Najacois. Si la punition épargna le sang, elle fit couler la population vers Villefranche de Rouergue, provoquant un désert dans Najac.
Le nouveau comte de Toulouse ne s'en tint pas là, et estimant dommage de perdre un lieu si stratégique pour le commerce et les relations, décide de réaliser des travaux afin de solidifier son autorité et de développer le commerce. L'église est rebâtie, un quartier nouveau est aménagé autour de la place du Barry dans le but d'y attirer des marchés.
Alphonse de Poitiers n'aimait perdre ni son temps ni son argent.
 
Qui êtes-vous Alphonse de Poitiers ?
Au peuple Toulousain, Alphonse comte de Poitiers, de Saintonge, d'Auvergne et de Toulouse, salut! Je fus le quatrième fils de Blanche de Castille et de Louis VIII, frère de celui que l'on nommera saint Louis et qui sera mon roi ainsi que mon compagnon de toujours. Mon enfance fut simple mais marquée par un grand évènement: la rencontre avec ma future femme, Jeanne de Toulouse, fille du comte Raymond VII, un protecteur d'hérétiques et un homme trop imbu à mon gout de son indépendance. Notre union fut heureuse, nous étions le symbole de paix, l'union entre Nord et Sud qui se déchiraient depuis la guerre contre les cathares en Languedoc. Seule ombre au tableau, Dieu nous refusa la joie d'avoir une descendance.

Ma jeunesse ne différencia en rien de celles des jeunes nobles et je fus fais chevalier à Saumur dans une fête que le sir de Joinville commentera dans ses mémoires. Très tôt, je dus faire face à des révoltes en particulier avec les Lusignan qui refusait mon autorité, mon beau père Raymond de Toulouse qui appelait à la rébellion avec le roi d'Angleterre et bien d'autres démêlées avec les Barons, tous aussi batailleurs les uns que les autres. Doté d'une santé fragile, je troquai l'épée contre la plume et me fit administrateur. Je gérai moi même mes domaines, mis fin aux guerres civiles, contrôlai mes vassaux scrupuleusement et rendis la justice comtale et royale incontournables. Puis les armes retentirent à nouveau outre-mer et j'accompagnai mon frère Louis IX en Terre Sainte.

Damiette prise dans la joie et l'allégresse de notre foi, nous déchantâmes à Mansourah où notre frère Robert d'Artois périt sous les coups des infidèles. Dieu l'ait en sa sainte garde! Je partageais alors l'humiliation de la prison aux cotés de mon ainé et de notre cadet Charles d'Anjou avant de servir d'otage en attendant la rançon qui devait sonner notre libération. Rien que d'y penser, je sens la lame courbée des Sarrasins sur ma nuque!
De retour en France, et tandis que mon frère Louis demeurait en Terre sainte pour fortifier saint jean d'Acre, j'appris la mort de mon beau père qui me faisait comte de Toulouse. J'allai avoir du mal à me faire accepter en tant que franciman dans un pays mal remis de la croisade. Patience et diplomatie allaient être de mise! Je demeurai alors le plus riche prince de France grâce à ma passion pour l'administration, mon gout de l'économie et de l'organisation. Certes, comme mes prédécesseurs, je fis aussi main basse sur  les biens des hérétiques et des Juifs, mais cette spoliation était hélas de mise à notre époque.

Peu de temps après, une paralysie héritée sans doute d'une maladie contractée outre-mer me poursuivra toute ma vie, et je fis plusieurs pèlerinages . Si un léger miracle s'opéra , il n'en fut pas de même pour ma mère qui rendit son âme peu après en 1252 et je fus régent jusqu'au retour de mon frère Louis. Ce temps me permit de déployer mes dons de négociateur et diplomate car pape, rois et reines ne cessèrent de me solliciter. Mon système administratif se perfectionna, s'agrandit, me permettant d'établir une justice équitable aux dépens des justices seigneuriales tout en augmentant mes revenus. Pingre pour certains, économiste avant l'heure pour d'autres, je vous laisse juger. Mais ne voyez pas en moi un gratte-papier, je fus aussi un mécène (j'aimais en particulier Rutebeuf et Guillaume de Lorris) , un commerçant ( l'idée des bastides me vint du Sud et les échanges ne furent jamais aussi riches). Mais en 1267, et faisant fi des conseils de tous, mon frère Louis IX reprit la croix et je me fis un devoir de le suivre avec mon épouse. Cette croisade partie en 1270 devait être la dernière. Arrivés à Carthage sous les murs de Tunis, mon frère et roi mourut d'une épidémie qui toucha beaucoup de nos soldats et mit fin à notre rêve oriental. Je revois mon neveu et nouveau souverain Philippe III pleurer devant la dépouille de son père avec un pincement au c½ur que nous partagions tous. Il ne nous restait plus que la négociation.

Celle-ci avec l'émir de Tunis achevée, l'armée repartit vers l'Italie qui fut la terre où je rendis mon dernier soupir au château de Corneto près de Sienne le 21 août 1271, d'autres diront à Savone. Ma femme, modèle de fidélité conjugale, me rejoignit trois jours aprés. A ma mort, toutes mes possessions furent réunies à la Couronne, notre couple n'ayant pas eu d'enfant.

Je repose à présent à Saint Denis au milieu des miens, laissant dans les esprits de tous l'image d'un prince éclairé et modéré, d'un administrateur en avance sur son temps et d'un pacificateur qui parvint à faire oublier les haines en Languedoc et à faire passer le Poitou des Plantagenets dans le territoire Capétien. Je fus pour ainsi dire, en plus du frère préféré de saint Louis, un lien national.
Grâce vous soit rendue de m'avoir lu!
 
A suivre...

SEBASTIEN-PHILIPPE LAURENS



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